Le roi nu

Chroniques d'actualité, avec des attributs royaux qui pendouillent.

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Oraison funèbre de Benj

Libre et radical comme le vent des steppes, vivant et dur au mal comme un hêtre en hiver, tu passes par le chas d’une aiguille et grignotes ta montagne une pédale après l’autre.
Tu t’abreuves aux fontaines des villages accrochés. Tu plonges ton regard dans le sourire d’un vieux, édenté sur son banc, sous la treille de sa vie.
Tu bivouaqueras ce soir au replat d’un adret, loin des lumières des villes et bagnoles honnies.

Généreux, affectueux et sobre comme une bourrique, tes désirs simples échappent aux profiteurs de guerre.
Tu glanes aux marges des routes ta nécessité stricte aux vergers défilants.
Bâtisseur résolu de pentagones utopiques, esthète entêté de lenteur à vélo, mécano méthodique à coucher Deore, tu combats la vitesse et ignores les compteurs.
Tiens ! Une chèvre au fossé t’accompagne un moment ; elle aussi a passé la clôture et gagné l’horizon.

Tu es déserteur autoproclamé de la guerre économique. Tu sabotes à toute heure, le moteur emballé du cancer planétaire.
Tu te fais pourfendeur des chimères contemporaines, des hypocrisies mafieuses, des colonies de béton, des pouvoirs en tous genres, petits et grands fascismes, civils ou uniformes.
Tu accouches à tes heures de néologismes subversifs ; résistant sémantique aux systèmes systémiques.
Tu fais enfin une pause à l’ombre d’un figuier. Les enfants attroupés viennent toucher ton vélo. Dans quinze ans l’un d’entre eux verra enfin la mer, et nous aurons gagné.