Et maintenant, puisque c’est ainsi, va.
Va. Vogue sur la mer des rhizomes, aux confluences des océans d’humus.
Étanche ta soif aux ornières, aux mousses, aux rosées perlières, aux pluies diluviennes.
Fais-toi fouir une nuit par une harde affamée ; console un vieux solitaire la suivante.
Écoute le chant lancinant des myriades invisibles échafaudant leurs turricules ;
Descends les galeries des entrailles jusqu’à retrouver la roche mère ;
Pose ta joue sur son cœur. Vide ton sac. Pleure. Tête. Pleure. Dors.
Éveille-toi neuf, vierge, nu, naïf, inconscient, ébahi, confiant.
Fais-toi happer par les mycorhizes et coule-toi hilare dans la sève irrépressible jusqu’aux plus hautes frondaisons du monde.
Éclate dans les bourgeons du printemps, étale-toi peinard dans les feuilles torides de l’été, vole en freeride au gré des vents de l’automne. Et retourne encore et encore te lover au creux de la roche mère.
Puisque c’est ainsi, te dit-elle, dorénavant, nous chuchoterons toi et moi, à qui veut l’entendre, les mystères de la vie, de la mort, de la vie, de la mort, de la vie…

