Le roi nu

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Le déserteur et le mercenaire

Ils sont là à papoter, faisant connaissance. Moi je les connais. L’un est déserteur, l’autre mercenaire. De la guerre économique. Mais le déserteur ignore que le mercenaire est mercenaire et réciproquement. C’est bizarre à observer du coin de l’œil, un déserteur et un mercenaire qui font connaissance. C’est bizarre et ça fait un peu peur. J’aimerais entendre ce qu’ils se disent. Je suppose que comme nous tous, ils commencent par la périphérie, des banalités, pour ne pas effrayer l’autre ; les enfants, les voyages, le travail.

Pendant ce temps, les kafégüzels, notre miracle musical local, nous irradient de leur talent et de leur générosité. Ils disent que les amours germent là-bas sur les versants de la mer monde, entre les cueilleurs de raisins et les bergères de chèvres. Ils disent que les amours sont contrariées par les pères, les maris, les amants, les hidalgos, et que les filles ne savent où reposer. Ils disent que les matriochkas se cachent par timidité dans les jupes de leur mère mais que cette timidité cache un appétit féroce.

Mon déserteur et mon mercenaire continuent de causer. Je suppose que par effet de force centripète, chacun se dévoile de plus en plus. Une conversation, à chaque tour d’oignon, enlève une pelure. A quel moment en auront ils épluché suffisamment pour comprendre qui est vraiment leur interlocuteur ? Je me demande s’ils ont déjà compris que d’un certain point de vue, ils sont l’exact négatif de l’autre.

Les kafégüzels jouent, frappent, chantent, voyagent dans nos cœurs. Ils disent que la beauté est une ambition atteignable et prouvent que c’est ça la bonne direction. Les étoiles filent sous la voûte nontronnaise. Le déserteur et le mercenaire ont aimé le concert.