Le roi nu

Chroniques d'actualité, avec des attributs royaux qui pendouillent.

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Catégorie : Les temps va-t-en-guerriers (2024- )

  • Tôt ce matin, en sortant du palais pour faire sa promenade, le roi nu a marché dedans. On pourrait croire que c’est un présage de bonheur, mais pour être parfaitement exact, votre chroniqueur doit vous préciser que le roi nu est plutôt tombé dedans jusqu’au cou, ce qui est plutôt un présage de complications.

    — Mais qu’est-ce que c’est que cette horreur? dit le roi nu. Qu’est-ce qui m’arrive?

    Pauvre roi nu! C’est pas de chance. Lui qui est si propre sur lui, toujours tiré à quatre épingles, brillant comme un sous neuf, parfumé à la vanille de l’île Bourbon et les cheveux gominés. Lui qui fait faire le ménage du palais tous les jours. Faut que ça brille! Et même dans les jardins, il faut que rien ne dépasse, que les buissons soient taillés au cordeau et la pelouse toujours rase et sans aucune feuille morte. Comme ça c’est propre. Si ça dépasse c’est sale, c’est bien connu. Les autres, les petites gens, ils sont sales, c’est dans leur nature, ils sont irrécupérables, c’est bien connu aussi. Mais lui, c’est le roi, il doit montrer qu’il est le plus propre. Et depuis qu’il est nu avec ses attributs qui pendouillent, il doit redoubler de propreté.

    Le roi nu ne l’avouera jamais, pourtant, lui aussi fait… enfin va à la… Non, ne dites rien. Mais vous voyez de quoi je parle. La commission. Tous les jours ou presque. Et toute la famille royale aussi. Et les chevaux, et les cuisinières, et les valets et majordomes et chambellans, et les poules et canards de la basse-cour, et la meute de bassets pour la chasse à courre, et les femmes de chambres, et les jardiniers, et les palefreniers, et le bouledogue de la reine-mère, et les chauffeurs de carrosses à dorures, et les gardes royaux, et les charpentiers-zingueurs, et les tailleurs de pierre pour restaurer les vingt-trois cheminées, et les peintres officiels, et les musiciens, et les préceptrices, et les bucherons, et les visiteurs du palais pourtant triés sur le volet. Tous ils font… enfin vont à la… Non, ne dites rien. Mais vous voyez de quoi je parle.

    Du coup, cette nuit, ça a débordé tout autour du palais. A force de remplir les trônes de chambre depuis des générations et de vider, et d’enfouir, et de pousser, et de tasser, et de cacher ni vu ni connu dans des fossés, des citernes, des cuves, derrière des palissades, avec des bougies à la citronnelle tout autour ; ça a dû fermenter, et ça a débordé, et explosé, et dégoulé partout. Et en sortant tôt ce matin, le roi nu est tombé dedans jusqu’au cou.

    — À l’aide! A moi! Au secours! Crie le roi nu.

    Du coup, les gens du palais regardent discrètement par les fenêtres et sont bien gênés de voir le roi nu dedans jusqu’au cou car ils savent que ça ne va pas lui plaire. Du coup, ils vaquent à leurs occupations comme si de rien n’était. Et le roi reste dedans jusqu’au cou. Peut-être qu’au fond d’eux, ils se disent qu’ils sont un peu pour quelque-chose dans la situation. Peut-être qu’au fond d’eux, ils espèrent que comme tout le monde est responsable, s’ils font comme si de rien n’était, quelqu’un d’autre sera responsable. Peut-être qu’au fond d’eux, ils croient qu’en vaquant à leurs occupations comme si de rien n’était, la situation va se réparer toute seule. Peut-être qu’au fond d’eux, quelque-chose leur dit que si le roi est dedans jusqu’au cou, sale comme c’est pas permis, il est un peu moins le roi finalement. Après tout, peut-être même que les attributs royaux qui pendouillent sont perdus à jamais dedans. Et dans ce cas! Ouh là là! Mieux vaut ne pas y penser.

    Et le roi reste dedans jusqu’au cou appelant à l’aide ; et personne ne vient.

    En fin de matinée, arrive du village une jeune et belle lavandière poussant une brouette de draps.

    — Oh! Pauvre Majesté! Tenez, attrapez ce bâton que je vous tire de là. Voilà. Maintenant, venez par ici, il y a un jet d’eau. Voilà, tournez-vous. C’est mieux. Tournez-vous encore. Tenez, voilà du savon. Frottez bien. Oui, les attributs royaux qui pendouillent aussi. Vous en faites pas, j’en ai vu d’autres. Voilà, je vous rince. Tournez-vous encore. Voilà une serviette, essuyez-vous. Parfait, maintenant voilà de l’eau de rose que j’ai distillée moi-même et que j’ai toujours sur moi. Bien. Vous êtes magnifique!

    Du coup le roi nu est tout propre, et n’est plus du tout dedans jusqu’au cou. Du coup il tombe amoureux de la jeune et belle lavandière et les histoires d’amour à l’eau de rose deviennent très en vogue au palais pour continuer de faire comme si de rien n’était.


    Episode initialement publié dans le Petit Nontronnais de mai 2024

  • Ce matin, le roi nu a croisé son miministre des gros écus.

    — Majesté, le royaume est à sec.
    — Comment ? Que dites-vous Bruno ? Comment est-ce possible ?
    — A force de tout pomper et de pomper tout le monde, Majesté, le royaume est à sec et à cran.
    A tout problème il y a une solution disruptive, disait feu mon père. Nous trouverons une solution.

    Sur les entrefaites, le roi nu descend au ruisseau se rafraîchir car la journée est orageuse. Il aime s’y rendre pour observer les castors restaurer la zone humide en contrebas du palais. Très ingénieux, ces animaux construisent des barrages aux vertus écologiques multiples : renforcement des berges, régulation des débits d’eau, soutien aux nappes phréatiques, captage de carbone, développement de la biodiversité… Après des décennies d’éradication, le castor fait son retour dans le royaume et le roi nu s’en félicite.

    — Enfin une bonne nouvelle ! s’écrit le roi nu.

    Du coup, après quelques rêveries au bord de l’eau :

    — Ces barrages sont la solution ! Mon royaume est à sec et à cran à force de tout pomper. Faisons comme le castor, mettons-y un barrage. Et hop ! C’est parti mon kiki ! Ni vu ni connu je t’embrouille ! Emballez c’est pesé ! Et que ça saute ! Décidément, je suis un génie.

    Du coup le roi nu fait venir son miministre de la transition vers le monde d’après.

    — Christophe, il nous faut mettre un barrage dans le royaume, car il est à sec et à cran.
    — Excellente idée majesté. Mais heu, comment dire ?
    — Christophe, ne tournez pas autour du trône.
    — C’est à dire Majesté, que nous autres humains, sommes moins capables que les castors de faire des ouvrages d’art si efficaces à tous points de vue.
    — Et pourquoi donc ? demande le roi nu. C’est vexant.
    — C’est à dire que, heu…
    — Allons Christophe ! Accouchez !
    — Soit Majesté. C’est à dire que nous ne sommes pas dotés d’une queue plate, tout simplement ; cela fait toute la différence.

    Du coup le roi nu va plutôt construire ni un barrage.

  • Depuis toujours, le roi nu aime bien tripoter les boutons. Il ne sait pas pourquoi il aime ça. Parfois, il sait à quoi les boutons servent, comme pour allumer la lumière, mais la plupart du temps, il ne sait pas à quoi ils servent. Mais il sait qu’ils servent à quelque chose. Du coup, c’est excitant de les tripoter pour deviner. Du coup, il tripote tous les boutons qui lui tombent sous la main, comme ceux de la machine à laver à triple programmateur d’obsolescence, ceux de son SUV hybride-pour-sauver-la-planète, ceux du volet automatique de la baie vitrée du salon à télécommande universelle sans bouger du canapé. Il tripote aussi ceux du tableau électrique et du compteur du palais et ceux des tableaux de contrôle des usines de boites de sardines et autres usines comme les télévisions, les tractopelles, les écoles et les centrales nucléaires.

    Avant l’électricité et l’électronique, il aimait aussi tripoter les mollettes, les boulons et les targettes. Il aime toujours ça mais il préfère encore plus tripoter les boutons parce-que c’est moins fatiguant que de tourner des manivelles. Et puis maintenant, avec le progrès de la croissance verte, on peut désormais aussi tripoter des écrans, des souris et mêmes des icônes et des raccourcis dans le cloud et c’est rigolo aussi parce qu’on ne comprend pas toujours ce qu’on fait même si en vrai, ça peut faire dérailler des trains, couper l’électricité d’une ville entière ou le chauffage d’un hôpital.

    Depuis quelques temps, à force de tripoter tous les boutons du royaume, la patate macroéconomique-et-sociale est chaude. Trop chaude. Du coup, il veut refiler la patate chaude aux autres. Du coup, les autres disent ouais carrément parce qu’ils ont les crocs et parce qu’ils en ont tellement rêvé de cette patate ! Mais là, elle est à moitié cramée… Du coup personne ne veut qu’on lui refile la patate chaude mais il ne faut pas le dire.

  • Cette semaine le roi nu a joué à saute-mouton avec ses miministres et ses dédéputés et c’était rigolo de les voir sauter un à un dans le pré si vert en cette saison printanière mais des chiens de berger allemand sont arrivés et leur ont couru après en aboyant et du coup ils se sont fait cornériser dans un coin de clôture et le roi nu et ses miministres et dédéputés se sont tous mis à paniquer dans la débandade parce-que les saute-moutons n’aiment pas les chiens de berger allemand et ils se sont tous mis à s’affoler et dans l’affolement général de perdre leur place dans le pré ils ont tous dit que les autres c’est des traîtres et qu’ils sont indécents et des extrêmes du désordre woke de la cancel culture et que c’est du délire total et du foutage de gueule et des purges et d’autres noms d’oiseaux réservés aux gens bien élevés dans les grandes écoles du royaume alors que dans les petites écoles on se traite plutôt d’enculés ou de fils de pute mais eux sont bien élevés et pas violents et du coup ceux qui ont du pognon se sont mis aussi à paniquer pour leur pognon dans la bourse et les taux d’intérêt et ceux qui ont pas de pognon ont paniqué aussi mais à cause de leur couleur trop colorée ou de leur sexe d’identité ou de la façon dont ils l’utilisent ou les trois à la fois et du coup le roi nu veut plus jouer à saute-mouton mais c’est trop tard.


  • Ce matin, le roi nu se promène le long des douves du palais, d’humeur mélancolique. Les bras dans le dos, le front soucieux, les attributs royaux qui pendouillent, les yeux absorbés par l’ondoiement nonchalant des carpes sacrées. Une tradition dynastique interdit depuis des siècles de pêcher quoi que ce soit dans les douves du palais (une vague légende de bébés noyés du temps des roinulingiens). Du coup, les carpes sont énormes et certaines, plus vieilles que lui.

    Cette tradition contrarie le roi nu car il préfère les carpes farcies à la poitrine de porc, œufs de caille, girolles, vin blanc sec, cerfeuil, fleur de sel de Noirmoutier, échalote, pain au levain et vraie crème fraîche (celle avec la cuillère qui tient toute seule dedans). Quand il était petit et qu’il traînait dans les jupes de Rosalie, la cuisinière, il aimait qu’elle lui dise : « Rends-toi utile, lèche la cuillère de crème fraîche ». Depuis, il aime bien les choses utiles.

    Aujourd’hui c’est jour de vote. Le roi nu n’a jamais bien compris pourquoi on lui demande de voter. Après tout, il est le roi !

    — Majesté, c’est l’heure d’aller à l’urne, lui dit le Chambellan. Vos concisujets ne comprendraient pas que vous n’alliez pas à l’urne.

    — Quelle corvée, Amédée. Pour qui dois-je voter ?

    — Suivez votre instinct, Majesté. Ne vous posez pas trop de questions. De toutes façons c’est anonyme, vous ne risquez rien.

    — Manquerait plus que je risque quoi que ce soit ! Quelle corvée ! Et vous avez vu toutes ces listes ? C’est assommant ! Amédée, dites à Rosalie de me préparer une carpe farcie pour mon retour au palais.

    Du coup le roi nu monte dans son SUV pour-sauver-la-planète, puis va à l’urne en traînant les pieds, et vote pour Joséphine Utile parce qu’il se dit que là où est l’utile, l’agréable n’est pas loin. Et l’agréable ça lui rappelle les carpes farcies.

  • Le roi nu aime le neuf. Le neuf ça brille, ça couine pas, c’est à la dernière mode, et ça tombe pas en panne au fond des bois. Le neuf c’est propre et ergonomique, ça répond à des besoins qu’on n’avait pas parce-qu’on ne savait pas, mais maintenant qu’on sait, c’est indispensable. Le neuf c’est rien qu’à nous ; on est sûr que des gens pas comme nous n’ont pas mis leurs mains pleines de doigts dessus. Avant tout, le neuf, c’est nouveau et disruptif, et le nouveau, c’est indispensable pour l’augmentation de la croissance du progrès universel. Bref, le roi nu aime le neuf parce-que c’est une pierre angulaire de son royaume Ordo et Incrementum.

    Ces derniers temps, le roi nu est bien embêté : Les poches des concisujets sont vides, et ils se rabattent sur l’occasion. Du coup, les manufactures de neuf tirent la langue au chat. D’autant qu’à force d’avoir fabriqué plein de neuf pendant des décennies, le royaume déborde littéralement d’occasion. C’est le problème, l’offre de neuf engendre mécaniquement une offre d’occasion, moyennant un léger décalage dans le temps. Et l’occasion manquant cruellement de tact compte-tenu de ce qu’elle doit au neuf, lui fait une concurrence féroce.

    Pourtant, depuis un moment déjà, les miministres ont développé une solution innovante pour tenter d’éradiquer la production pléthorique et inéluctable d’occasions : l’obsolescence programmée. Une invention remarquable d’inventivité qui permet à tout produit neuf de ne jamais devenir une occasion grâce à sa mort par suicide assisté par des directives anticipées dont les modalités ont été validées officiellement par le comité d’éthique royal neutre et indépendant. Grâce à cette innovation, on a pu accroître de façon énorme les volumes de neuf sans accroître l’occasion. Enfin pas tout à fait, car certains objets neufs ont échappé à l’obsolescence programmée. Et comme la croissance des objets neufs était énorme, ça en fait quand même pas mal qui sont passés au travers et ne se sont pas librement suicidés par consentement éclairé.

    Bref, les concisujets se rabattent sur l’occasion et les manufactures de neuf tirent la langue au chat.

    — Ça peut pas durer ! s’énerve le roi nu.

    Du coup, le roi nu décide de taxer l’occasion. Comme ça, ça va freiner l’occasion au bénéfice du neuf et faire, par la même occasion, rentrer des écus dans la caisse qui en a bien besoin pour l’économie de guerre pour-sauver-la-planète.

  • Encore une fois, le roi nu a oublié. C’est plus fort que lui, il oublie tout. Il ne sait pas à quand ça remonte, ses pertes de mémoire. Et c’est gênant pour avoir l’air sérieux vis à vis de ses miministres et de la cour. C’est important pour un roi d’avoir l’air sérieux pour être pris au sérieux surtout quand on veut mettre en place une économie de guerre. Si on n’est pas pris au sérieux, les miministres et les courtisanes rigolent en cachette. C’est paradoxal de rigoler pour se moquer de quelqu’un de pas sérieux ; ça a pas l’air sérieux mais c’est très sérieux au contraire. Si vous ne comprenez pas cette subtilité, vous ne pourrez jamais être miministre ni aller à la cour. Vis à vis des concisujets, ce n’est pas bien grave de ne pas avoir l’air sérieux car le roi nu a déjà perdu tout crédit depuis qu’il est nu comme un ver et que ses attributs royaux pendouillent publiquement.

    Ses pertes de mémoire, ça lui est arrivé à force de se projeter tout le temps vers l’avenir. A force de se projeter ça a dû lui faire des dégâts dans la caboche royale. Il faut dire qu’il est doué pour se projeter vers l’avenir parce-qu’il est jeune et que les jeunes, c’est notre avenir pour-sauver-la-planète, donc c’est logique. Mais son problème numéro un (outre les autres priorités des priorités comme l’emploi, sauver-la-planète et éradiquer-la-faim-dans-le-monde), c’est d’avoir l’air sérieux et c’est déjà pas facile quand on est jeune et qu’on zozote. Alors que les vieux, ça a l’air naturel chez eux, d’être sérieux.

    Du coup il en parle à son médecin des attributs royaux qui pendouillent :

    — Je n’ai plus de mémoire à force de me projeter tout le temps dans l’avenir, mais ça fait rigoler les autres. Qu’est-ce que je peux faire ?
    — Majesté, vous devriez en parler à votre miministre des médailles en laiton, c’est son rayon.

    Du coup, il demande conseil à son miministre des médailles en laiton qui lui dit qu’ils n’ont qu’à faire des commémorations pour faire œuvre de mémoire pour ne plus jamais oublier que plus jamais ça. Ce serait du meilleur effet.

    — Plus jamais ça quoi ? Demande le roi.
    — Aucune idée, j’ai oublié moi aussi, mais on s’en fout, l’important c’est d’avoir l’air. Surtout, lors de la cérémonie de commémoration, n’oubliez pas d’avoir l’air !
    — D’avoir l’air de quoi ?
    — D’avoir l’air de vous souvenir. Et pour ça, il faut avoir l’air sérieux. Vous voulez que je vous le marque sur un petit carton pour ne pas oublier ?

  • Le roi nu
    va au salon
    de l’exposition coloniale des vaches.

    La vache holstein numéro 488252
    primée pour ses
    35 litres
    quotidiens
    soit 11200
    annuels,
    génère parait-il
    fièrement
    à ce qu’on en sait
    à ce qu’on en croit
    à ce qu’on en dit,
    pour son patron
    un chiffre d’affaire
    de
    4480 écus par an
    et pour ses clients
    de calcium
    un budget
    annuel
    de 13664 écus
    tétécés

    Bravo !
    dit le speaker.
    Votre médaille du mérite
    colonial
    en laiton repoussé,
    Miss, trônera
    au-dessus du
    portail de la
    stabulation. Là
    à l’entrée de la
    salle de traite. Là
    même où le père
    de votre patron
    pépé, se
    pendit.

    Mais c’est oublié. Joie et bonne humeur. Buvons. Bovins. Salon.

    La vache holstein numéro 488252
    médaille au cou
    en laiton
    repoussé du mérite
    se fait flatter les flancs
    par le flatteur,
    vit au dépens,
    roi nu
    pendu
    (lui aussi)
    aux caméras
    de la
    ville monde
    en expansion
    coloniale.

  • Le royaume du roi nu bat des records. Par exemple les bourses royales battent des records et les échoppes engrangent des bénéfices records. Plein de trucs battent des records.

    Le battage de records est important dans la religion royale. Maintenir la foi des concisujets dans la croissance royale est à ce prix. Car les concisujets, terre à terre par nature, à l’amour préfèrent ses preuves, et à la croissance itou. Au fond d’eux, les concisujets savent bien que c’est des sornettes cette histoire de croissance royale perpétuelle. Comme pour l’histoire du mouvement royal perpétuel. Mais c’est si bon d’y croire !

    Du coup, pour stimuler la foi des concisujets, l’imprimerie royale édite depuis des années « la bible royale des records ». On y recense tous les records importants pour-sauver-la-planète et éradiquer-la-faim-dans-le-monde : l’homme au plus long poil de nez, le plus d’olives sur une pizza royale, l’œuvre d’art la plus chère d’un artiste mort dans la misère, ou le plus long séjour sobre dans un tonneau.

    Aussi, tous les quatre ans, la religion royale organise une grande fête des records nommée « les olympiqués ». Cette année encore, les olympiqués s’apprêtent à battre des records en veux-tu en voilà, pour prouver qu’il n’y a pas de limites. Pour prouver qu’il n’y a pas de limites, il suffit de passer les bornes. Il suffisait d’y penser !

    — Majesté, ce serait bien que vous aussi battiez un record cette année.

    Amélie est la miministre des sur-piqués. Elle s’inquiète de la baisse d’entrain des concisujets pour célébrer l’édition imminente des olympiqués.

    — Si vous battiez vous-même un record, cela créerait un effet d’entraînement certain, Majesté, d’autant que nous avons réquisitionné tous les créneaux des raradios, tétélés et téternettes royales. Le taux de pénétration des cerveaux disponibles sera optimal.

    Du coup, le roi nu se creuse la tête pour savoir quel record il pourrait battre, mais n’en trouve aucun. Du coup, cette année, il va battre le record du roi le plus sifflé dans un stade1.

    1. Le record historique en vidéo : https://www.youtube.com/shorts/-P1790Lzv98 ↩︎
  • Ce matin le roi nu s’est réveillé fâché. Comme chaque matin, son majordome lui apporte ses journaux avec son petit déjeuner au lit.

    « L’agence Maussade’s dégrade la note du Roi », lit-on en gros titres à la une de tous les journaux.

    — Comment ? Moi, le roi, on me dégrade la note ? C’est n’importe quoi, je suis en pleine forme !

    Du coup, le roi nu fait venir au palais son miministre des gros écus.

    — Bruno, qu’est-ce que c’est que cette histoire de note ? Et d’abord pourquoi on me note ?
    — Majesté, c’est l’un de vos aïeuls archevêque exorciste1 qui institua de noter tous les concisujets du royaume. Vous savez que l’ordre est l’un des principes fondateurs de votre royaume. La devise du royaume n’est-elle pas Ordo et Incrementum ?
    — Oui, je sais. Ordre et Croissance. Le croissant au beurre est notre blason. Et alors ?
    — Noter les concisujets permet de les mettre dans l’ordre, poursuit le miministre des gros écus. C’est un grand progrès pour l’ordre. Je vous rappelle que l’ordre est propre, contrairement au désordre qui est sale.

    Le roi nu ne voit pas en quoi cette notation des concisujets le concerne. Depuis tout petit, on lui a expliqué qu’il est le roi, universellement identifiable grâce à ses attributs royaux qui pendouillent.

    — Bruno, je vous rappelle que je suis le roi, pas un vulgaire concisujet…
    — Non point, certes, Majesté. Vous êtes le roi, et à ce titre, vous êtes le numéro un du royaume.
    — Voilà qui est mieux. Poursuivez…
    — Depuis votre illustre aïeul, nous n’avons cessé de peaufiner et étendre les notes à de nombreux domaines, bien aidés en cela grâce à l’invention du tableur Excel ® qui est un bienfait pour faciliter la mise en ordre de tout et stimuler la compétition de tout envers tout pour optimiser les croissants au beurre. Nous pouvons féliciter mon collègue miministre des poids et mesures.
    — Bruno, venez-en au fait. Pourquoi on me dégrade la note ?
    — Les notes se sont répandues dans tout le royaume et sont devenues incontrôlables. Elles se reproduisent comme des lapins ! Des entrepreneurs astucieux se sont mis à faire du business grâce aux notes et c’est ainsi que sont apparues des agences de notations. Elles notent tout, y compris votre Majesté. Nous ne nous sommes pas formalisés car vous aviez une bonne note. L’une de ces agences, l’agence Maussade’s2 a trouvé malin ce matin de vous dégrader la note.
    — Foutez-les en prison ! S’écrit le roi nu.
    — Hélas, nous ne pouvons pas Majesté, ce serait dévastateur pour l’ordre et les croissants au beurre.

    Du coup, le roi nu est maussade.

    1. L’école française et l’invention de la note. Un éclairage historique sur les polémiques contemporaines https://journals.openedition.org/rfp/4899 ↩︎
    2. Moody en anglais signifie maussade. ↩︎
  • Le mocassin à glands est une espèce en voie de disparition ce qui navre passablement le roi nu.

    Les naturalistes se perdent en conjectures pour expliquer sa raréfaction depuis quelques décennies. Le mocassin à glands ayant pour biotope privilégié les quartiers ouest des mégapoles, l’explication par les pesticides a rapidement été écartée. En revanche, l’excès de pollution aux particules fines est soupçonné, mais sans qu’un lien de cause à effet n’ait été à ce jour formellement établi, malgré le travail acharné des meilleurs laboratoires du royaume. D’autres pistes sont explorées, notamment alimentaires, certains scientifiques ayant observé une présence excessive de blé dans la panse des mocassins à glands entraînant une morbidité débridée.

    Du coup le roi nu se désole et convoque au palais le chef de l’Académie Royale des Seuils de Nuisances Acceptables.

    — Victor, je veux des résultats ! Dites-moi où en sont vos recherches ?

    — Majesté, nous tournons en rond. Nous ne parvenons pas à comprendre cette disparition inéluctable des mocassins à glands. À ce jour, nous n’observons plus que quelques rares spécimens âgés qui ont manifestement développé des résistances suffisantes à la grande époque ; mais les plus jeunes sont décimés par cohortes et nous sommes impuissants.

    — Pourtant, si je ne m’abuse, observe le roi nu, les glands ne se sont jamais aussi bien portés. J’en croise quotidiennement. A croire qu’ils sont devenus une espèce invasive. Vous conviendrez qu’il y a là un paradoxe mystérieux.

    — Effectivement, ce paradoxe ne nous a pas échappé. Nous n’en sommes pas moins impuissants.

    Le roi nu est songeur. Ces scientifiques semblent bien résignés à être impuissants. C’est qu’ils ne sont pas roi. Mais lui si. C’est le roi. Son devoir, sa nature, son destin, c’est d’être puissant, pas scientifique.

    Du coup, le roi nu annonce à la tétélé qu’il va lancer un grand plan de réarmement des mocassins à glands. Voilà, comme ça il n’est pas impuissant.

  • Depuis quatre ans, le roi nu se la pète dans son SUV 4×4 électrique tout blanc pour-sauver-la-planète. Les moments qu’il préfère, c’est l’été, lors des départs en vacances, quand il est dans les bouchons et que tout le monde le regarde d’en bas. Son SUV va tellement plus vite plus haut plus fort ! Lui il fait semblant de ne pas remarquer ; il tapote l’air de rien sur son GPS radio-connecté. C’est génial cet écran. On peut tout piloter à la fois! Du coup le roi nu tapote sur l’écran pour mettre un podcast écolo pour-sauver-la-planète, consulte les statistiques d’économie de gasoil grâce à son moteur électrique alimenté par six-cent kilos1 de batterie au lithium chilien, et monte un peu la climatisation à cause du vingt-sixième jour de canicule. Mais du coin de l’œil, il voit bien que les autres sont jaloux.

    — Ah ! Les bouchons ! C’est génial, dit le roi nu. Je me sens faire partie d’une communauté ! Je me sens proche de mon peuple !

    Mais depuis quelques temps, c’est devenu moins agréable parce-que plein de concisujets se sont mis à acheter des SUV 4×4 pour faire comme le roi nu. Du coup, encore plein d’autres concisujets ont été jaloux et se sont acheté plein de SUV 4×4 encore plus gros. Du coup le roi nu n’est plus au-dessus des autres dans les bouchons et c’est pas tolérable.

    Du coup, le roi nu s’achète un tracteur de trois mètres quarante-cinq de hauteur et trois mètres cinquante-cinq de largeur et quatre-cent-trente-cinq chevaux sous le capot pour-éliminer-la-faim-dans-le-monde. Et va tout content dans les bouchons sur l’autoroute.

    1. Une batterie de Tesla Y (juste la batterie) fait le poids d’une Renault 4 (4L). ↩︎
  • Ce matin, le roi nu s’est réveillé bizarre. Hier soir, il s’est pris les pieds dans le tapis du salon de la reine mère, et a atterri sur la table basse dans un pot de poudre de perlimpinpin que la reine mère aime sniffer pour s’ouvrir les chakras.

    Du coup, il va a la salle de bain, regarde son visage dans la glace. Et il est jeune !

    — Trop cool, je suis genre jeune, dit le roi nu.

    Du coup, il est super content parce-que dans son royaume, c’est cool d’être jeune. Personne ne sait pourquoi mais c’est cool. Personne ne sait depuis quand c’est cool. Avant, on disait plutôt que c’était bath mais c’était pareil. Bref, maintenant qu’il est jeune, il se sent genre super badass. Du coup, il décide de réunir un conconseil des miministres pour les rendre jaloux.

    A l’entrée de la salle du conconseil, le chef du protocole annonce de sa voix de stentor :

    — Madame la reine mère. Monsieur le miministre des gros écus. Monsieur le miministre des poids et mesures. Monsieur mon général-d’état-major-à-vendre. Monsieur le miministre des renseignements ni vus ni connus. Madame la cheffe maquilleuse-comptable de l’inspection générale des finances royales. Monsieur le miministre de l’agrobusinesswashing. Madame la miministre de la transition vers l’autre monde d’après…

    Le roi s’amuse bien de leur surprise de le voir si jeune à mesure que les miministres pénètrent dans la salle du conconseil. Le chef du protocole continue :

    — Monsieur le miministre des nouvelles officiellement débunkées. Monsieur le miministre de la balance à deux vitesses. Monsieur le miministre du monopole matraqual légitime. Monseigneur l’archevêque exorciste. Madame la miministre de la défiscalisation des Gaffammés. Madame la miministre des corps aptes au travail. Monsieur le chambellan des coïts royaux. Monsieur le médecin des attributs royaux qui pendouillent…

    — Mes chers miministres, commence le roi nu, je vous ai réunis pour vous dire que je suis jeune désormais.

    — Bravo, disent les miministres en chœur. Vous êtes trop badass majesté !

    — C’est un atout qui va renforcer notre royauté auprès de nos concisujets, continue le roi. Je vous demande de redoubler d’éléments de langages jeunes afin de montrer à nos concisujets comme nous sommes dynamiques, disruptifs et pleins d’espérance dans la transition du progrès durable vers l’autre monde d’après. Je prendrai ma part en intervenant moi-même ce soir à la tétélévision royale.

    — Trop badass, disent les miministres. Votre majesté est trop badass ! (Mais in petto, chacun sait que le temps ne fait rien à l’affaire1.)

    A la sortie du conconseil, le médecin des attributs royaux qui pendouillent demande à parler au roi en privé.

    — Majesté, dit le médecin, vous êtes-vous regardé dans la glace ?

    — Bien entendu, Olivier, c’est là que j’ai vu ce matin que je suis jeune. Pourquoi me demandez-vous cela ?

    — C’est à dire, hem, vous êtes-vous regardé en entier ?

    — Non pourquoi. Juste mon visage.

    — C’est à dire que, comment dire ?

    — Allons Olivier, ne tournez pas autour du trône.

    — C’est à dire qu’effectivement, votre visage est jeune, mais il est manifeste que vos attributs royaux qui pendouillent ne le sont pas. Et vous êtes toujours nu.

    Du coup, le soir, à la tétélé, le roi nu demande au réalisateur royal de faire un gros plan sur son visage. Du coup, les concisujets trouvent le roi très jeune. Du coup ils pensent être jeunes eux-mêmes. Ce soir. Jeunes. Rien qu’un soir. Et beaux à la fois.2

    1. Le temps ne fait rien à l’affaire. Georges Brassens. ↩︎
    2. La chanson de Jacky. Jacques Brel ↩︎
  • C’est entendu, pour mettre sous le tapis la co-pandémie de faillite géophysique, d’épuisement mental, et de débullage du pognon royal, le roi nu a décidé de faire une bonne guerre.

    Du coup, il fait venir au palais son général-d’état-major-à-vendre1. Le général est un grand amateur de breloques qui pendouillent qu’il exhibe fièrement sur sa poitrine. Du coup, il est très impressionné et jaloux du roi nu dont les attributs royaux pendouillent aussi (pour ceux qui ne découvrent le roi nu que maintenant)

    — Mes ancêtres ont toujours résolu leurs problèmes de rendements décroissants au beurre par une bonne guerre, moi aussi j’en veux une, dit le roi nu.

    Du coup, le général-d’état-major-à-vendre est content parce-qu’il en avait marre de cirer ses pompes et de passer à la télé pour mettre du beurre dans les épinards.

    — Majesté, dit-il au roi nu, le problème c’est que les usines à canons ont disparu comme de vulgaires usines à masques chirurgicaux.

    — Merde ! Encore ? Voilà que ça recommence ! Démerdez-vous, je veux une économie de guerre, là, maintenant, tout de suite, fissa et que ça saute !

    — Sire, je suis général-d’état-major-à-vendre, pas miministre des gros écus ni miministre des poids et mesures.

    Car toute guerre réclame une économie de guerre, et toute économie de guerre réclame du nerf de la guerre. Du coup, le roi nu fait faire à ses miministres des gros écus et des poids et mesures, un séminaire de team-builing avec du brainstorming et du benchmarking dedans.

    — Messieurs, je veux des idées pour dégoter au plus vite du nerf de la guerre, beaucoup de nerfs. Du nerf !

    — Majesté, nous avons trouvé. Il suffit de déshabiller Paul pour habiller Pierre, donner avec la main droite ce qu’on prend avec la gauche et rentrer par la fenêtre après être sorti par la porte.

    Du coup le roi nu décide de taper dans la caisse d’épargne des concisujets et de construire une économie de guerre à la place de chaumières sociales. Du coup, les concisujets se les gèlent dehors.

    1. Le général à vendre, chanson des frères Jacques, paroles de Francis Blanche. ↩︎
  • Happening à Excideuil. Empaquetage de la statue du maréchal Bugeaud, enfumeur d’Algérie.

    Sonnet pour Alice

    Enfumages omis, piédestal odieux,
    prédations coupables, et nous silencieux.
    Au milieu coule un bronze de nos flancs conquérants.
    Au pied les tout petits, trottent benoîtement.

    Ô grandeur minuscule, vos gloires putrescibles,
    vos progrès falsifiés, vos meurtres indicibles ;
    En aucun cas vous n’êtes modèle pour nous ;
    Le musée des horreurs de l’Histoire est pour vous.

    Et maintenant allons au devant de nos pères.
    De leurs traumas tapis dans les grottes obscures,
    tâchons de distiller, une eau fraîche, un air pur.

    Quant à vous écrivaine, méfiez-vous du lecteur,
    qui voit dans l’art de perdre trouvaille à gageure ;
    transmute sa lecture au cou d’un militaire.