> Charles-Édouard, vous m’avez déçue en vous entichant de ce jeune homme frivole et inconséquent. Vous pensez bien que depuis tant d’années, je me suis, sinon habituée, du moins résolue à vos frasques et excentricités. Mais la coupe est pleine. J’ai avalé trop de couleuvres. Je sens que cette fois-ci, mes forces me lâchent et mon espérance vacille. Monseigneur de la Carmoisie, m’a enjointe de redoubler mes prières mais vous avez asséché ma Foi. Votre inclination, que vous qualifiez de naturelle, me dégoûte. N’avez-vous pas un tant soi peu de commisération pour celle qui vous enfanta, veilla sur vos fièvres et vous dota si confortablement ? Je vous en supplie, ne vous entêtez pas et revenez à des attaches plus conventionnelles. Votre épouse Marie-Adélaïde m’a assurée de sa disposition à renoncer au divorce si vous modérez vos escapades ou tout au moins les rendez moins ostensibles. Dieu m’en est témoin, je saurai me montrer magnanime et généreuse à votre égard. Puissiez-vous m’entendre. Votre mère malgré tout.
> Mon Carlito. Tu m’as rendu fou hier soir dans la loge. Ton empressement a presque rendu jaloux Federico qui a refusé de me poudrer avant le lever de rideau. Et quelle mouche t’a piqué de me lancer si ostensiblement des roses après le deuxième acte ! Cela dit, je ne t’en veux pas. J’avoue avoir bien ri en voyant ta femme furieuse. J’ai bien compris que c’était plus à elle qu’à moi que tu t’adressais. Je prends les pétales et lui laisse les épines. En fait, je t’en veux terriblement. Je croyais ta passion sincère mais je sens que tu m’utilises. M’aime-tu vraiment ? Je tremble à l’idée que tu me quitte. Je n’y survivrais pas. Comment pourrais-je me passer de la douceur de ta peau et sentir tes muscles rouler sous mes doigts. Et tes cheveux ! Ah tes cheveux ! Tu m’as évoqué ton projet de les raccourcir. N’en fais rien, je t’en conjure ! Mais je sais, tu n’en fais toujours qu’à ta tête. Je ne compte pas pour toi. Tu me dis que tu m’aimes. Mais à combien l’as-tu déja dit ? Je te déteste ! Tu m’avais promis quelques jours dans ton manoir normand. Si nous n’y allons pas dès demain, je te quitte. Ton petit Gatito.
> Cher oncle Charles. Je ne te remercierai jamais assez du mauvais pas dont tu m’as tiré. Tous ces culs-bénis feraient mieux de profiter un peu de la vie plutôt que de s’occuper de celle des autres. Je ne sais pas ce que je serais devenu sans toi. Tu m’as permis d’accepter ma personne et mon tempérament et de vivre ma vie sans souci du qu’en dira-t’on. Tu as toujours été à mon écoute, tu m’as prêté ta garçonnière quand Père m’a chassé. Tu m’as protégé, et surtout, tu ne m’as jamais jugé. Quand je pense à ce que toi, tu as enduré ! Je t’admire d’être resté joyeux, accueillant et généreux. Je ne sais ou tu puises cette force. J’ai hâte de te retrouver pour deviser à loisirs dans les allées du Champ-de-Mars comme à notre habitude. Je t’embrasse. Georges.

